Cette photo a été prise jeudi 16 novembre à 16 h 48.Ce n'est pas la qualité qui est interessante mais la lumière qui frappe la montagne.Elle a disparu le temps de faire environ dix photos soit à peu près 1 minute quinze. Ensuite la nuit a commencé à tomber.
Un meurtre en pleine guerre, dans la grisaille humide de l'hiver 1917. Mais saura-t-on jamais qui a étranglé Belle de Jour, la gamine de Bourrache, le bistrotier de ce bourg du nord de la France, à quelques kilomètres du front d'où arrive par vagues le vent de la canonnade? Qu'importe, après tout, l'assassin, tout le monde l'est un peu dans cet univers glauque, alourdi de pluie et d'un passé qui ne se dit pas. Les apparences désignent Destinat, le magistrat pourvoyeur de gibiers de potence, vieillard solitaire et taiseux, mais est-il plus coupable que le juge Mierck qui ne l'interroge pas - si on ne s'aime pas, on appartient à la même société et on ne la compromet pas en jetant la suspicion sur l'un des siens - et qui préfère se débarrasser de deux déserteurs, boucs émissaires providentiels d'une faute qu'ils n'ont peut-être pas commise?
Nul n'est innocent, et pas davantage le narrateur, policier au rancart qui noie dans un mauvais vin son chagrin de Clémence, sa femme morte en couches, seul rayon de lumière sous ce ciel bas avec Lysia, la petite institutrice qui ne supportera pas la disparition de son fiancé à la guerre. Le narrateur donc, témoin d'abord falot mais de plus en plus engagé dans un drame que sa chronique, intelligemment déstructurée par Philippe Claudel, va mêler tout à la fin à un autre drame, le sien.
Dans ce roman de très belle facture, où l'émotion affleure, toujours retenue par la pudeur un peu farouche de celui qui rapporte cette affaire - «l'Affaire», écrit-il même -, c'est bien le gris qui l'emporte, non pas le gris de la mort, partout présente, ni le gris du temps, ni le gris de la lâcheté humaine, mais un autre gris, celui, obsédant et lumineux, de ces «âmes» torturées par le mal, un mal plus immatériel, plus profond que le crime qui les occupe, auquel toutes, à des degrés divers, ont participé. Il émane de ces pages une beauté grise et envoûtante qui tient tout autant à l'arrière-plan historique, la fameuse année 1917 marquée par les mutineries et les désertions dans l'armée, qu'à l'intimité de ces créatures jetées dans le désordre de leurs passions. Philippe Claudel a signé là une œuvre austère, sombre mais forte.
La petite fille de Monsieur Linh de Philippe Claudel
Extrait :
?Monsieur Linh s'est levé. Il vient de se rendre compte qu'il est tard et qu'il n'a rien pris dans sa poche pour nourrir sa petite fille. Il lui faut rentrer avant qu'elle ne se réveille. Avant qu'elle ne pleure parce qu'elle aurait faim. Elle ne pleure jamais, mais justement, le viel homme espère qu'il en sera toujours ainsi, qu'elle ne pleurera jamais, tant qu'il saura s'occuper d'elle, tant qu'il sera là, pour elle à prévenir tous ses désirs et à chasser toutes ses peurs.?
Éditions Stock - 159 pages
Magique, hypnotique, Kafka sur le rivage est un roman d'initiation où se déploient, avec une grâce infinie et une imagination stupéfiante, toute la profondeur et la richesse de Haruki Murakami. Une oeuvre majeure, qui s'inscrit parmi les plus grands romans d'apprentissage de la littérature universelle. Kafka Tamura, quinze ans, fuit sa maison de Tôkyô pour échapper à la terrible prophétie que son père a prononcée contre lui. Nakata, vieil homme simple d'esprit, décide lui aussi de prendre la route, obéissant à un appel impérieux, attiré par une force qui le dépasse. Lancés dans une vaste odyssée, nos deux héros vont croiser en chemin des hommes et des chats, une mère maquerelle fantomatique et une prostituée férue de Hegel, des soldats perdus et un inquiétant colonel, des poissons tombant du ciel, et bien d'autres choses encore...
Avant de voir leur destin converger inexorablement, et de découvrir leur propre vérité.
"Je pense à Camus : j'ai à peine connu Camus. Je lui ai parlé une fois, deux fois. Pourtant, sa mort laisse en moi un vide énorme. Nous avions tellement besoin de ce juste. Il était, tout naturellement, dans la vérité. Il ne se laissait pas prendre par le courant; il n'était pas une girouette; il pouvait être un point de repère."
Eugène Ionesco Notes et Contre-Notes
Deuxième journée
Clamence évoque son passé. Il raconte à son interlocuteur comment, jadis avocat à Paris, il mena une brillante carrière. Il était respecté de tous et épris des nobles causes. Il était heureux. Il avait également une haute opinion de lui-même . Il se sentait au dessus des autres et du jugement du commun des mortels. En parfait accord avec lui-même et avec les autres , " sa vie était une fête, et il était heureux "
Un soir d’automne, Clamence entendit, sur un pont de Paris, un rire mystérieux. Il rentre chez lui, contrarié. Lorsqu’il se regarde dans le miroir, son sourire lui semble double.
Troisième journée
Clamence continue sa confession. Ce rire sur le pont lui a ouvert les yeux sur sa vanité. Cette prise de conscience de son orgueil a été confirmé une autre fois, lorsqu’il s’en est pris violemment à un automobiliste. Il s’est rendu compte par la même occasion que ses relations avec les femmes étaient elles aussi régies par cette vanité. Puis cette remise en cause lui a permis de se rappeler que deux ou trois ans auparavant, il avait vu, un soir, une jeune femme se jeter dans la Seine. Comme paralysé par le froid, il n’a rien fait pour la sauver et a poursuivi son chemin.
Toute seule au milieu de cette boîte de nuit sans vie, je suis effrayée. La faible intensité de la musique lugubre
qui se mélange à la lumière tamisée rend à la pièce une ambiance feutrée. Exactement comme dans les années 80.
Je reconnais non sans frémir, les recoins noirs très à la mode en cette période-là, desquels à peine âgée de vingt ans, je flirte voracement sur les banquettes en peau d’animal, pendant qu’homos et hétéros, dans d’autres parties sombres
s’évertuent aux nombreux exercices du sexe ;
Au-dessus de nos têtes, des boules de cristal déforment nos silhouettes aussi
provocantes que nos esprits sont effrontés. Quelques-unes de ces boules ressemblent bizarrement, à de gros oursins orange et venimeux qui s’attardent sur nous comme à la roulette russe sur nos
corps naïfs et jeunes. Ces bestioles-là nous allument comme la cruauté sur le monde. Elles sont porteuses d’une merde sur laquelle il ne faut pas marcher. Sauf que nous, le sida on en a jamais
entendu parler.
À présent, je me retourne sur la piste
de danse. Soudain, je vois des squelettes qui s’avancent vers moi, je fais un bond en arrière. Bowie crache, « let’s danse » et quelques un
se mettent à danser sur le tempo. À ma droite, des colonnes de vertèbres reposent sur des banquettes vides. Bientôt leurs bassins les rejoignent. J’ai peur, je balbutie « foutez le camp » tandis que quelques crânes m’approchent. Je reste prostrée un moment, puis je pleure. Je les reconnais
maintenant. NatC
À mes amis, mes connaissances, et à tous
ceux que la roulette russe n'a pas épargnés.
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