Au plus bas...

Publié le par Nathalie

Je pense à toi souvent. Parfois, je rentre dans un café, je m’assieds près de la porte, je commande un café. J’allume une cigarette, et je regarde à l’extérieur.  Une jeune femme court sur la chaussée.  Elle te dérobe ton allure de cavalière, endosse tes bottes noires et tes longs cheveux bruns ; sa chevelure se tresse et, te voilà, jaillissant de mes tréfonds, splendide, éblouissante…   Ton image m’obsède, me harcèle, me tourmente sans relâche.

            Je songe aussi aux hommes qui marchent, seuls, sur le côté de la route, à leurs regards qui s’attardent, incertains, sur les quelques passantes.  Mon obsession de toi, pénètre dans leurs corps étrangers, tu viens alors t’abîmer dans chacun d’eux, ensorceleuse, les sacrifiant, chacun à leur tour, à un long et douloureux naufrage.  Solidaire, je compatis à mes compagnons d’infortune, puis une jalousie féroce et morbide me surprend de plein fouet.   

Je commande alors un whisky. Puis un autre. Je pense encore plus fort à toi. 

Souvent, sur le trottoir d’en face, des enfants jouent à cracher dans un égout , ils rient de leurs gestes. D’un clignement de paupière, j’attrape au vol leurs éjections.  Je m’arrose de leur abreuvage et je m’y imbibe. Je m’enfuis. Je te fuis. Je me constitue prisonnier de leurs jeux et, à mon tour, je m’engouffre dans la bouche du dégoût.  Par instant, je sors ma tête pour respirer le jour, et le crachat des gosses devient ton venin, m’empoisonne et me ramollit comme un déchet. Alors, ton image m’enrage, que de la mordre, je me laisse glisser, dans les profondeurs du caniveau.

Quelquefois, je recommande un whisky.   Je me grise d’alcool pour mieux m’enivrer de toi.  Je regarde encore dehors, et je crois que tu ris avec des filles en jupes trop courtes sur ce même trottoir. Tu es légère, sensuelle, riante, libre…   Cette vision de toi me touche, puis me blesse, jusqu'à me meurtrir.  Après quoi, je plonge et je baigne dans mon verre bientôt vide puis je me noie à nouveau dans l’égout. Je pense à toi amèrement.



C’est souvent à la tombée de la nuit que je termine mon dernier whisky. De nouvelles couleurs apparaissent sur la rue.  Les prostituées sont plus jeunes et les jupes raccourcissent.   J’avale d’un trait le contenu de mon verre, et c’est alors, que parmi les visages des putains, le tien se confond. De ta silhouette cavalière, il n’en reste que les jambières.  Soudain, une de mes mains surgit du caniveau. Poignante et ferme, elle te saisit une jambe, puis l’autre.  Je plie ton corps et je l’aplatis comme une cocotte en papier.

            Alors, je t’engouffre à l’intérieur de mon abysse : tu flottes dans mes artères, tu t’abandonnes à mon cœur et tu t’évapores enfin…  Nat.C    

Publié dans Mes textes

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frenchpeterpan 02/05/2006 20:09

un bien beau petit texte très court et très réussi
le narrateur pour moi est une femme
mais peu importe ... ;-)
après quelques jours de vacances c'est bien sympathique de trouver de jolis textes même si c'est pas de la pure rigolade ;-)
bises / marco
(continue d'écrire)

Gérard 02/05/2006 08:33

Bonjour
ces textes sont tout simplement magnifique ,tout comme les photos
Bravo
Gérard

Bénédicte 30/04/2006 20:59

entre rêve et réalité; fantastique. Le narrateur est un homme ou une femme?

Nathalie 01/05/2006 08:34

Le narrateur est un homme. Merci de ton passage. Bises

lili :0091:: 30/04/2006 18:09

C'est très beau comme tu racontes cette histoire, combien doivent s'y sentir concerné
que cette petite fée t'apporte des rayons de soleil pour un bon repos, car aujourd'hui ce fut presque 0 ce matin et en prime ...la pluie  bises

Pauley 30/04/2006 16:00

Très belle histoire et superbe photos encore, tu fais des portraits parfois ?
A très  vite. bisous

Nathalie 01/05/2006 08:45

Je commence à en faire.Gros bisous.