Poésie de Jean-Pierre Spilmont

Publié le par Nathalie

Une part d'étincelles. Jean -Pierre Spilmont

 

 

Il faisait très froid sur le fleuve

Un cargo rouge

Avançait lentement.

La dérive des glaces était comme  un signal.

Ou comme une prière

 

J'ai perdu  le chemin par où je suis venu

et  vous avez disparu peu à peu

comme un très léger refrain

qui lentement s'efface

et finit par s'éteindre

sur les lèvres du passé.

  

La douce morsure des arbres montait avec l'hiver

et   j'avais  à nouveau perdu  la mémoire de mon âge

en murmurant la longue litanie

des villages entrevus

J'ai entendu les heures se froisser une à une

avec  un soupir d'aile.

Un soleil  froid fondait doucement

dans la glace du fleuve, sur la rive duquel j'aurai aimé vous voir courir

quand vous étiez enfant.  

 

 

 Puis,

ce fut comme s'il neigeait dans ma tête

 en attendant que le jour se lève

 et que le bruit que font les villes

nous réveille

enfin.

Pour quelques heures

Ou pour longtemps.

La neige vacillait comme une lumière de bougie, comme

un flamboiement de chandelle

pour éclairer le contour d'un visage.

  

Quelques uns s'étonnaient de nous voir dispersés

en quête

de  nous ne savions quelle aurore,

ne sachant ce qu'il adviendrait

quand le vent tomberait, ou

quand  l'épinette blanche abandonnerait son ombre

aux mésanges.

 

 

 

Ne sachant ce qu'il adviendrait

quand les enfants  d'ici  n'attendraient

plus  rien d'autre

que de sentir couler

sur leurs joues

des  fragments d'histoires oubliées

capables de réveiller le vieil hiver

à l'autre bout du  fleuve

ou de la mer.

 

Ne rien toucher.

Regarder  seulement le ciel

ou ce qu'il en reste

et rejoindre la minuscule clarté d'un refuge, là,

où d'autres  voyageurs, avant de s'éloigner,

 ont   préparé  quelques bûches

à l'attention du nouveau venu

qui n'a jamais  eu de visage

 

On se croise.

On se croisaient depuis longtemps déjà.

Aux angles des rues fantômes qui

débordent de pluie et de nuit.

Pourtant,

 nous nous reconnaîtrons peut-être un jour.

 

  

Mais  ne répondez pas à mon appel si je vous fais le moindre signe

aujourd'hui.

Votre regard ne me serait rien d'autre  qu'un sursis et

vous ne reconnaîtriez qu'un

brouillard anonyme,

solitaire,

montant sans bruit  au ras des heures

  

Lorsque je m’éveille, parfois,

Il ne reste  rien  sur  la page

qu’une fine couche de cire.

Un désespoir d’outre-ciel,

Un parfum  de bougie morte.

 

J’avais oublié le premier feu des hommes

J’avais oublié que seules les femmes

en étaient les gardiennes.

                   

J’ai supplié qu’on me  garde

une part d’étincelle.

Une seule.

Pour le dernier convive.

 .

 

 Québec, L’Ile d’Orléans

 

 

 

 Un matin de décembre 2005


 

 

 

 

  Merci à Jean-Pierre Spilmont qui a eu la gentillesse

de m'envoyer ce texte en toute amitié. Nat C

   

 

 

 

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Carla 29/05/2006 16:11

super texte. gros bibis et a très bientôt. :0010:

Eric LÖW 28/05/2006 10:40

très beau texte :
"la simplicité est une conquête, une victoire sur soi-même (...) une récompense"

Christel 28/05/2006 07:47

He!non! pas de brocante hier !!!
 Bises, Christel

audrey 27/05/2006 18:49

c'est magnifique ....
 
 

phil 27/05/2006 17:17

Ché Bô !!!!   Nostalgie !!! Regret !!  Oubli !!!  Quelle dure quête !! Ca me fait penser à bien des choses  !!  Bises  Phil