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Mes textes

Dimanche 5 mars 2006

    

            Eden

Combien de jours et combien de nuits passées, à me demander si tu disais vrai. Combien de doutes m'ont assaillie et combien de pages, j'ai griffonnées ; des pages, tantôt blanches ou tantôt perverses pour t'écrire que je t'aimais autant que je te maudissais.  De récurrents brouillons et de milliers de ratures pour te bannir de ton geste fou ou te sublimer de l'avoir fait. 

 

            Ton geste.Tu disais que tu serais mieux là-bas. Dans ce Nouveau Monde que tu avais si souvent supposé. Ce lieu enchanteur où des harpes riaient sur des notes inconnues d'où elles puisaient leurs hardiesses dans le bercement de l'eau et les tourments du vent. Tu prétendais aussi, que des rivières danseuses émanaient de quelques roches fécondes, et qu'elles ressemblaient à des nappes d'huiles où tu pouvais glisser, patiner, t'élancer puis t'envoler au-dessus d'elles, tel un saint acrobate. 

 

            Tu affirmais que de grands arbres au profil guerrier se croisaient, se saluaient et se métissaient sans jamais s'entrechoquaient ni même s'affrontaient ;

 Que quelques paradisiers, dans des branches offertes, y sifflaient au même rythme que les cascades émergeaient

            Et puis, cette douce musicalité, que tu écoutais souvent, bien des fois, il m'avait semblé l'entendre ;ce n'était plus de ta folie que tu me renvoyais, mais c'était bien des caresses sages, divines et angéliques que tu me raisonnais dans mon piètre esprit de non-croyante. 

 

               Combien de moments las et longs à attendre mon tour. Combien de caprices et prières inventées par mes soins, à supplier les dieux et les diables, de me faire un signe . Rien.

            Seulement ta jeune silhouette traversant un champ de lumière et arrivant enfin à son but. Juste une image. La tienne. Celle qui, aujourd'hui, me ferait croire que cela pourrait ne pas être qu'une simple chimère, mais bien une allégresse qui ferait que mon âme s'exalterait sur la même grandeur que celle que tu avais désirée... 

 

            Nathalie C

 

 

 

 

 

Par Nathalie
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Dimanche 5 mars 2006

             Quinze ans. 

 

            Quelque chose attend. Quelque chose est là, cacher derrière sa main, dans sa poche, on ne voit pas, on ne sait pas quoi, ni d’où, ni pourquoi, mais qui attend…      On voit son autre main, à lui, dire au revoir, de manière maladroite, ne sachant comment utiliser ses doigts. Doigts raides sur main ballante ou doigts battants sur paume douce. Douce menotte de bébé qui lui dit à elle, coucou sur le manège qui le transporte.  Premier départ,  premier adieu. 

 

            On ne sait pas, s’il va lui sourire. Lui-même ne semble pas savoir. Sourire nigaud, sourire figé, entre les deux, son cœur hésite. Silence... puis embarras.   Partir vite, ne pas la voir pleurer, ni se serrer contre elle…  

 

            On entend, qu’il lui dit de ne pas l’appeler.  Qu’il ne faut pas qu’elle s’inquiète, il sera là lundi. La tête baissée, il se dérobe à son regard. Tandis que ses yeux, à elle, ses yeux sucrés de mère gâteau s'écarquillent et attendent un retour.  

            A lui, on lui remarque sa froideur, sa froideur volontaire, à elle son abusive candeur.  Il lui répète de ne pas l’appeler... son téléphone n’est nulle part. Il est éteint. 

 

             Elle le regarde,attendrie,  disparaître dans la rue.  Petits pas de bébé qui vont trop vite. Attention aux voitures, il ne faut pas courir. 

 

               On le voit se presser, volontaire et sûr de lui, mettre un pas devant l’autre

 

             Elle garde une main levée.  Ne surtout pas la baisser, il peut se retourner ...

               Parfois il penche son visage d’un côté, il sent qu’elle est encore là ,alors il accélère le pas, lève son buste, paraît encore plus grand et marche droit vers son but.

               On se doute qu’il va passer un virage. Transition.   

            Tâche noire au loin et puis plus rien. Elle se dit qu'elle a laissé partir son ado, son enfant, son bébé.  Peau douce qui lui fait coucou, peau acnéique qui ne l’embrasse pas.  

 

               Il se retourne pour s’assurer qu’elle ne le voit plus. Il ralentit son pas.  Il baisse son torse pour être plus petit et, timide, il marche sur ses orteils.  Il se tourne une nouvelle fois, au cas où elle accourrait. Il peut avoir oublié quelque chose. 

             Or, on sait qu'il n’a rien oublié. On voit qu’il serre encore très fort l’objet qu’il a dans sa poche.  Il le sort, le caresse et il n’hésite pas longtemps pour allumer son portable. On le surprend à sourire.  Il est relié, à nouveau à elle. Il se dit qu'elle peut appeler maintenant.    

              Nathalie C

 

 

 

 

         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Nathalie
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Dimanche 5 mars 2006

            Le mal d’aimer 

 

            Je pense à toi souvent. Parfois, je rentre dans un café, je m’assieds près de la porte, je commande un café. J’allume une cigarette, et je regarde à l’extérieur.  Une jeune femme court sur la chaussée.  Elle te dérobe ton allure de cavalière, endosse tes bottes noires et tes longs cheveux bruns ; sa chevelure se tresse et, te voilà, jaillissant de mes tréfonds, splendide, éblouissante…   Ton image m’obsède, me harcèle, me tourmente sans relâche.

            Je songe aussi aux hommes qui marchent, seuls, sur le côté de la route, à leurs regards qui s’attardent, incertains, sur les quelques passantes.  Mon obsession de toi, pénètre dans leurs corps étrangers, tu viens alors t’abîmer dans chacun d’eux, ensorceleuse, les sacrifiant, chacun à leur tour, à un long et douloureux naufrage.  Solidaire, je compatis à mes compagnons d’infortune, puis une jalousie féroce et morbide me surprend de plein fouet.   

               Je commande alors un whisky. Puis un autre. Je pense encore plus fort à toi. 

Souvent, sur le trottoir d’en face, des enfants jouent à cracher dans un égout , ils rient de leurs gestes. D’un clignement de paupière, j’attrape au vol leurs éjections.  Je m’arrose de leur abreuvage et je m’y imbibe. Je m’enfuis. Je te fuis. Je me constitue prisonnier de leurs jeux et, à mon tour, je m’engouffre dans la bouche du dégoût.  Par instant, je sors ma tête pour respirer le jour, et le crachat des gosses devient ton venin, m’empoisonne et me ramollit comme un déchet. Alors, ton image m’enrage, que de la mordre, je me laisse glisser, dans les profondeurs du caniveau.        

            Quelquefois, je recommande un whisky.   Je me grise d’alcool pour mieux m’enivrer de toi.  Je regarde encore dehors, et je crois que tu ris avec des filles en jupes trop courtes sur ce même trottoir. Tu es légère, sensuelle, riante, libre…   Cette vision de toi me touche, puis me blesse, jusqu'à me meurtrir.  Après quoi, je plonge et je baigne dans mon verre bientôt vide puis je me noie à nouveau dans l’égout. Je pense à toi amèrement.

            C’est souvent à la tombée de la nuit que je termine mon dernier whisky. De nouvelles couleurs apparaissent sur la rue.  Les prostituées sont plus jeunes et les jupes raccourcissent.   J’avale d’un trait le contenu de mon verre, et c’est alors, que parmi les visages des putains, le tien se confond. De ta silhouette cavalière, il n’en reste que les jambières.  Soudain, une de mes mains surgit du caniveau. Poignante et ferme, elle te saisit une jambe, puis l’autre.  Je plie ton corps et je l’aplatis comme une cocotte en papier.

            Alors, je t’engouffre à l’intérieur de mon abysse : tu flottes dans mes artères, tu t’abandonnes à mon cœur et tu t’évapores enfin…      

            Nathalie C                                                

Par Nathalie
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Dimanche 5 mars 2006

            Cimetière de mégots 

 

             Malgré les nombreuses engueulades avec sa femme, les pénibles représailles de son pneumologue et les remarques grincheuses de tous les ayatollahs du tabac, Dédé, manifestement, n’arrivait pas à cesser de fumer.

             Tout le monde lui pompait l’air au même titre que lui pompait l’air du monde.  À tel point qu’il faillit, d’un entrechat peu gracieux, sauter du pont de la caille, le jour même de ses quarante ans.

              Avant de se décider et peu fier de sa pensée médiocre, il fit un petit détour sur les berges de la rivière moqueuse.  

            « -Ciel ! Un mirage ! »   dit-il en soulevant un drôle de minéral joliment perforé.

   Au bout d’un long moment, songeur, il rajouta :   

            — « Un sevrage ! » (Pour ne pas dire un miracle !)    

 

            En effet, celui-ci ressemblait étrangement à un poumon taché.  

 

            Dédé croyait fermement aux signes que lui dépêchait la terre et s’empressa de le mettre sous son chapeau avant qu’un autre chanceux s’en empare.   

             Ainsi naquit une complicité sans demi-mesure entre Dédé et sa pierre hasardeuse.  À tel point qu’ils ne se quittèrent plus.   

     A chaque envie de cigarette, il en allumait une pour le plaisir de l’éteindre, de l’écraser et de l’achever, la tête en bas, dans les orifices du galet sacré.  

            Il jubilait alors, devant son massacre barbare.   

            Quand parfois son désir de fumer était trop fort, il retournait son caillou de son côté le plus obscur, observait ses drôles de crevasses et alors Dédé , songeait à quelques morceaux de son anatomie : un trou déformé et noirâtre concordait à sa bouche déjà alimentée de quelques chicots ;un autre, plus grisâtre, cadrait parfaitement bien à sa gorge dont la voix fissurée chantait rauque.  Et enfin deux autres creux bien plus pâles et peu fournis : un cœur irrigué par de pauvres artères bouchées et un estomac ulcéré par la blanche fumée.  

              Parfois, il remuait sa pierre afin de mieux l’entendre. Un léger cliquetis prononçait des sons à peine audibles, mais très révélateurs.  Dédé était dominé par ce tintement sec et absolu.   

              Guerrier, il n’en finissait plus de dire merci à sa conscience. 

   

                        Nathalie  C                                                                                           

 

 

 

 

 

 

                                                                                                           

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Nathalie
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Dimanche 5 mars 2006

      

 

 

 

 

 

La femme assise dans un fauteuil rouge  

 

      La femme est l’avenir de l’homme. C’est ce que disait Aragon. Mais qu’en savait-il au juste ? 

 Nous avait-il vu, assise, la tête haute et le regard absent ?  

S’était-il demandé à quoi nous pensions ?  

Avait-il perçu la ceinture d’émotion qui nous serrer l’estomac ?  

Avait-il observé nos têtes à trois visages, cette figure de mère tendre, cette expression d’épouse fidèle et cette moue de maîtresse affriolante ?  

Distinguait-il réellement nos multiples facettes, notre yin et notre yang et notre féminité si complexe à dévoiler ?  

       Avait-il songé que notre sang qui coulait chaque mois, ce pût être de la rage… de la rage de vivre… et que cette violence hormonale nous faisait basculer dans bien des maux ?  

       Avait-il ressenti ces croisades et batailles que nous menions sans cesse pour rester dignes, intelligentes et belles parce qu’il le fallait ?  

       Enfin… avait-il perçu que nous pussions aussi nous briser en milliers de morceaux ?  Parce que, justement, nous étions trop…  

       Trop, au point que nous pussions nous affaisser, nous effondrer, s’écrouler dans la déchirure, la décomposition, la séparation de soi, et puis, un jour, partir en lambeaux…  

Mais, pourquoi pas ? Si ce fût pour mieux se reconstituer, se rebâtir à nouveau et s’apaiser enfin de tous nos poids. S’apaiser enfin… et partir… voler dans tous les sens, goûter à la folie que notre esprit fût capable, délirer au point de vouloir mourir, se rouler sur un sol froid et n’être qu’avec soi…  

        Puis alors, se tanguer, se chahuter et se découvrir primaire, inepte, bête, mais terriblement humaine. Et ne plus rien dire. Contempler son corps se plier, se contorsionner,  se chavirer… puis, n’être plus rien.  

 Mais être formidablement bien.  

L’avait-il vu ?  

Nathalie C   

 

 

 

 

 

Par Nathalie
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