Je suis venu ici pour désapprendre.
Cette nuit,alors que je jetais au feu
la dernière bûche,la pensée m'est venue que seul valait le sourire du corps.
C'était comme une révélation soudaine.Une évidence. Une violence aussi.
A la fois plainte et révolte des chemins de tout l'être.Nus.Soudains désertés.
Sourire du corps.Sourire de la terre. Les mots se sont imposés à moi,
mais j'ai su aussitôt que je n'en ferais que lentement,très lentement le tour.
Il faut une vie parfois pour connaître notre parole. Peut-être même son sens ne nous
est-il donné que par éclairs ou plutôt,par nécessité...
Extrait du livre "soleils nomades" de Jean-Pierre Spilmont

Il faisait très froid sur le fleuve
Un cargo rouge
Avançait lentement.
La dérive des glaces était comme un signal.
Ou comme une prière
J'ai perdu le chemin par où je suis venu
et vous avez disparu peu à peu
comme un très léger refrain
qui lentement s'efface
et finit par s'éteindre
sur les lèvres du passé.
La douce morsure des arbres montait avec l'hiver et j'avais à nouveau perdu la mémoire de mon âge en murmurant la longue litanie des villages entrevus J'ai entendu les heures se froisser une à une avec un soupir d'aile. Un soleil froid fondait doucement dans la glace du fleuve, sur la rive duquel j'aurai aimé vous voir courir quand vous étiez enfant. Puis, ce fut comme s'il neigeait dans ma tête en attendant que le jour se lève et que le bruit que font les villes nous réveille enfin. Pour quelques heures Ou pour longtemps. La neige vacillait comme une lumière de bougie, comme un flamboiement de chandelle pour éclairer le contour d'un visage. Quelques uns s'étonnaient de nous voir dispersés en quête de nous ne savions quelle aurore, ne sachant ce qu'il adviendrait quand le vent tomberait, ou quand l'épinette blanche abandonnerait son ombre aux mésanges. Ne sachant ce qu'il adviendrait quand les enfants d'ici n'attendraient plus rien d'autre que de sentir couler sur leurs joues des fragments d'histoires oubliées capables de réveiller le vieil hiver à l'autre bout du fleuve ou de la mer. Ne rien toucher. Regarder seulement le ciel ou ce qu'il en reste et rejoindre la minuscule clarté d'un refuge, là, où d'autres voyageurs, avant de s'éloigner, ont préparé quelques bûches à l'attention du nouveau venu qui n'a jamais eu de visage On se croise. On se croisaient depuis longtemps déjà. Aux angles des rues fantômes qui débordent de pluie et de nuit. Pourtant, nous nous reconnaîtrons peut-être un jour. Mais ne répondez pas à mon appel si je vous fais le moindre signe aujourd'hui. Votre regard ne me serait rien d'autre qu'un sursis et vous ne reconnaîtriez qu'un brouillard anonyme, solitaire, montant sans bruit au ras des heures Lorsque je m’éveille, parfois, Il ne reste rien sur la page qu’une fine couche de cire. Un désespoir d’outre-ciel, Un parfum de bougie morte. J’avais oublié le premier feu des hommes J’avais oublié que seules les femmes en étaient les gardiennes. J’ai supplié qu’on me garde une part d’étincelle. Une seule. Pour le dernier convive. . Québec, L’Ile d’Orléans
Un matin de décembre 2005 Merci à Jean-Pierre Spilmont qui a eu la gentillesse de m'envoyer ce texte en toute amitié. Nat C


A mon ami Jean-Pierre,dont chacune de nos rencontres me touche,
m'égaye et me donne le goût d'écrire toujours mieux...Nat.C
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poète
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Jean-Pierre Spilmont | |||
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biographie
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Jean-Pierre Spilmont vit en Savoie. Il a été producteur d’émissions et auteur de dramatiques-radiophoniques sur France Culture et à la radio suisse Romande. Il est l’auteur d’essais, de romans, de nouvelles et de théâtre. Il a été lauréat de la Fondation de France, de Lettres Frontière et a reçu le prix du Livre d’Histoire de la Société des Gens de Lettres . Il a résidé entre autres à La Chartreuse de Villeneuve les Avignon, à Loos en Gohelle, Scène Nationale 2004/2005 invité pour une résidence à la Villa Mont-Noir. Il a publié à ce jour une vingtaine d’ouvrages |
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quelques parutions
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Lumière des mains suivi de L'incessant tourment d'espérances Retable |
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bibliographie
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poésie Romans, essais Chroniques de rêve, Comp’act, Photographies Lionel David, 2002 Théâtre Little Boy-Manatthan, La Main Multiple, 2005 reprise à Mouscron, Belgique dans une mise en scène de François Vandorpe, 2004 reprise au théâtre de la Croix- Rousse, à Lyon, dans une mise en scène de Martine Van de Peene,2003 |
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extrait
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Où serons-nous demain ? Dans ce désert, peut-être, où les dieux n’ ont jamais parlé. Ils sont absents de puis si longtemps qu’on a lentement fini par les oublier Il y a dans le monde des lieux où la lumière n’arrive pas. Des lieux d’exil où l’on se tient à distance pour oublier la lente défoliation des jours Pourtant, le matin se lève ici comme il le fait à Shanghai, à Prague ou à Persépolis. Et l’on doit chaque matin renouer avec le désir Ici, le soleil finit juste de se lever Un grand murmure vert accompagne le vent. L’incessant tourment d’espérances, à paraître chez Cadex |
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