Hécatombe
Bonne fête
Seule au milieu de cette boîte de nuit sans vie, je suis effrayée. La faible intensité de la musique lugubre qui se mélange à la lumière tamisée rend à la pièce une ambiance feutrée. Exactement comme dans les années 80.
Je reconnais non sans frémir, les recoins noirs très à la mode en cette période-là, desquels à peine âgée de vingt ans, je flirte voracement sur les banquettes en peau d’animal, pendant qu’homos et hétéros, dans d’autres parties sombres s’évertuent aux nombreux exercices du sexe .
Au-dessus de nos têtes, des boules de cristal déforment nos silhouettes aussi provocantes que nos esprits sont effrontés. Quelques unes de ces boules ressemblent bizarrement à de gros oursins orange et venimeux qui s’attardent sur nous comme à la roulette russe sur nos corps naïfs et jeunes. Ces bestioles-là nous allument comme la cruauté sur le monde. Elles sont porteuses d’une merde sur laquelle il ne faut pas marcher. Sauf que nous, le sida on en a jamais entendu parler.
Je me retourne sur la piste de danse. Et ,soudain, je vois des squelettes qui avancent vers moi, je fais un bond en arrière. Bowie crache « let’s danse » et quelques un se mettent à danser sur le tempo. À ma droite, des colonnes de vertèbres reposent sur des banquettes vides. Bientôt leurs bassins les rejoignent. J’ai peur, je balbutie « foutez le camp » tandis que quelques crânes m’approchent. Je reste prostrée un moment, puis je pleure. Je les reconnais maintenant.
NatC
À mes amis, mes connaissances, et à tous ceux que la roulette russe n'a pas épargnés.
/image%2F1432110%2F20240105%2Fob_bfa7b5_1946d4ff-efcd-41cc-9473-558456b2b6aa.jpeg)