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Papierlibre

Le cadeau...

28 Mars 2006 , Rédigé par Nathalie Publié dans #Mes textes


A mes défunts...

Le cadeau

Je veux mourir en accord avec Dieu, avec une image ou un signe de lui. Capricieux jusqu'à ma mort, je le suis...Et toujours avec cette ironie aux coins des lèvres, je le défie encore.

Je l'attends s’ approcher ce tout puissant, je l'appelle, je le supplie, je le vénère, avec une prière inventée par mes soins, dont ,les paroles infantiles propres à ma vieillesse, piétinent et bouillonnent ,dans ma cervelle d'égoïste. Mon cadeau tarde à venir...

De mon lit, duquel je ne sors plus, je vois un crucifix, dressé, au milieu du mur. À ses côtés, un tableau, qui depuis longtemps s'endort et se réveille auprès de moi.

Je l'observe, le scrute, et amoureux du mieux, je rajoute le personnage transparent à l'oeil nu mais divinement pensé par le maître.

Je cherche toujours une explication à cette création, le besoin de logique m'obsède.

Dès lors que mon esprit se fait las, je me convaincs qu'il n'y a pas de réponse concrète dans l'art abstrait.Ainsi, je contemple encore la toile et je m'accorde à considérer que le chef d'oeuvre en est un.

Auprès de ce tableau obscur, je me surprends à remercier Dieu, pour l'appui de celui-ci dans la main magistrale du peintre. Content de croire en lui au seuil de mon dernier soupir, je m'engouffre sous la couverture et pars dedans le dessin ,lauréat, face à mon ego détrôné.

Alors, je me concentre sur une ombre, guidée par une masse de clarté; Elle sillonne vers des silhouettes aux allures de mortels, se dirige sur une ouverture, hésite à la franchir, puis, attirée par un faisceau orange, elle se faufile dans une spirale.

Saisi, je deviens prisonnier de la toile, tant mon esprit fébrile de par ma mort annoncée ne fait plus qu'un avec celle-ci . Je me laisse plonger dans le néon dont le contour étrange d'un rayon de verre, me glace, et me pétrifie d'une sensation de bien-être et de légèreté.Je m'endors dans cette volupté, je sombre et je meurs doucement, dans la lumière enivrante du tableau.

Soudain, je sursaute... J'ai des doutes sur le dessin paradisiaque, car ses couleurs aux tons de feu me rappellent que si je crois en Dieu, je crois au diable dont l'aura flamboyante me brûle déjà le sang.La peur du malin, ridicule, dans son habit de pantin me ramène à la réalité, à ma vie, à ma mort.

On m'a donné un sursis. Je me sens mieux, comme si je revenais de loin, pourtant, je n'ai jamais été aussi proche de la fin.Je suis un rescapé pour quelques minutes,au pire, quelques secondes... Je me persuade que Dieu me met à l'épreuve.

Je l'imagine vêtu d'une tunique de vent,cousue par les quatre saisons. D ' une main, il tient une colombe, de l'autre, il me tend un ticket. C'est une entrée gratuite pour le paradis blanc, sans foi ni condition.

À présent, il me tarde de mourir, avant que mes idées de non-croyants m'assaillent. Le plus vite possible serait le mieux, car je commence à souffrir...Il est trop tard, je ne disparais pas encore.Je pense à mon coeur dont les roulements de tambours vont bientôt cesser,telle une fin de commémoration qui vous annonce que la fête est finie. Alors, je songe à mon corps, sacrifié à une équipe de charognards, émoustillé par le festin qui les attend .Puis, à mon squelette rongé et désagrégé en épaisse poussière, enfin, à mon existence qui ne veut plus rien dire et puis au silence du fond d'un aven qui seul, s'offre l'éternité...

Bien que tous mes sens déclinent, je distingue avec netteté mon vieil ami dans son cadre de bois. Il m'apparaît plus pâle, ce qui laisse entrevoir des mouvements de pinceau jusqu'alors invisibles. La chaleur des tons fait place à la douceur d'une lueur blanche qui s'accroît en des battements semblables à de grandes vagues.

L'ensemble prend la forme d'un immense personnage qui semble échouer de nulle part ; il est auréolé d'une couleur tiède d'un mélange de soirs d'août et d'avril, fondu dans une esquisse d'ocre glacé. IL porte une tunique de vent.

Je pénètre ainsi dans le wagon de la mort, avec comme bagage, mon cadeau accroché à mon âme.

Nathalie. C

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A
Brrrrrrr encore très fort Nath mais ça fait froid dans le dos.
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P
Ce texte est vraiment très fort ! Bravo.
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N
Merci .nat.
F
très bien écrit, et assez étrange<br /> bravo
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N
Merci Peter. Nat.
S
Ironie tendre qui devient malice, comme un clin d'oeil plein d'affection de celui qui part pour ceux qui restent. Ce texte a une présence étrange, magique, mélant le sérieux de l'adulte et l'amour du jeu, de la facétie de l'enfance. J'aime vraiment beaucoup ce texte.
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N
Merci . Je suis très touchée par ton commentaire.Nat.